Ragdoll de Daniel Cole | Le thriller survendu

En bourse, on dit qu’une action est survendue quand ses détenteurs se précipitent pour la mettre en vente sur le marché. La conséquence directe d’une telle situation conduit à la chute abrupte du prix. L’analogie vaut pour le roman à suspense Ragdoll du jeune british Daniel Cole.

Encensé par le Sunday Times, en tête de gondoles dans toutes les grandes enseignes, ce premier roman s’est fait une belle robe pour nous séduire. Tel un paon littéraire, il m’a attiré avec sa magnifique parure et j’ai succombé à ses charmes. Mais l’envers du décor est bien moins glamour…

Ce qui avait commencé comme une lecture divertissante digne d’un bon page turner s’est terminé avec un arrière-goût amer et une envie de rattraper le temps perdu. J’ai été très déçu par ce bouquin, et si je prends le temps d’écrire ces quelques lignes, c’est vraiment pour prévenir les lecteurs indécis de ce qui les attend.

 

J’ai aimé…

  • Le côté page turner à l’ango-saxonne avec une bonne dose de suspense, d’humour et des cliffhangers à la fin de chaque chapitre. J’avoue que je suis assez client de ce genre de romans très calibrés avec lesquels je passe souvent un bon moment. À l’instar d’une petite douceur après un bon gueuleton, ils sont en général aussi  vite lus qu’oubliés, mais l’expérience n’est en général pas déplaisante.
  • Voilà, c’est tout…

J’ai moins apprécié…

  • Devinez d’où sort le flic qui est aussi le personnage principal ? De dépression, voilà, bien ! Quelle est sa situation familiale ? Fraîchement divorcé et sans enfant, bravo, continuez comme ça, on arrive avec du lourd ! Il boit ? Évidemment ! Il est violent ? Mais quelle question ?! Son ex c’est la journaliste aux méthodes peu éthiques qui va déranger l’enquête et avoir – comme par hasard – accès à des infos confidentielles du fait de sa relation passée avec ledit inspecteur ? Alors là, je dis OUI ! Vous avez bien révisé vos clichés, je vous accorde un 20/20. Les éditeurs et les médias qui ont propulsé cet ouvrage dans les charts ont vraiment dû subir un lavage de cerveau concernant les 40 dernières années en termes de polar, c’est pas possible autrement.
  • Les situations invraisemblables disséminées dans toute l’histoire. En faire la liste reviendrait à réécrire le bouquin dans son entièreté donc je vous laisse juste avec cette affirmation non argumentée.
  • La fin en eau de boudin. Et encore, un boudin qui aurait été confectionné avec l’eau d’un autre boudin… Pour ne pas vous gâter le suspense, je ne peux rien dire de plus à part que j’ai eu envie de jeter le livre à travers la pièce aussitôt fini. Fin bâclée et inintéressante à la limite du supportable après de telles critiques dithyrambiques et un tel tapage médiatique.

Ma conclusion ?

Je suis jaloux ? Sûrement ! Mais je préfère appréhender une oeuvre dans son ensemble. Pour moi c’est presque de la malhonnêteté intellectuelle que de ficeler un suspense pareil, de nous mettre au bord de la falaise à la fin de chaque chapitre pour ne livrer qu’une fin médiocre et des explications minables. Oui, j’avoue, j’ai pris un grand plaisir à me laisser mener à la carotte tout au long de l’histoire, j’ai même conseillé ce livre à d’autres (avant d’avoir fini, évidemment) et je comprends maintenant exactement comment les ventes de ce roman se sont enflammées comme une traînée de poudre.

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